Petite Luxure, l’intime aux yeux de tous.

Petite Luxure :

L’intime aux yeux de tous

Les réseaux sociaux représentent un nouveau moyen de suivre le travail d’un artiste. Pour ces derniers, passer par l’intermédiaire de galeristes n’est plus une nécessité pour obtenir la reconnaissance du public et se faire connaître. Mes découvertes, en ces temps de confinements se déroulent principalement sur le réseau social Instagram. Il me permet d’entrer en contact facilement avec des artistes du monde entier, et même de mesurer la popularité d’un artiste en regardant la fréquence de ces interactions sur la plateforme d’échange. J’aimerais vous faire découvrir un artiste que je suis sur les réseaux depuis quelque temps. Ce dernier ou cette dernière se cache sous le pseudonyme de « Petites Luxures« .

Les dessins réalisés à l’encre, minimalistes, à caractères érotiques sont sa spécialité. Nous ne savons à priori pas grand-chose sur la personnalité qui se cache sous ce pseudonyme. En revanche, sa communauté sait qu’il s’agit d’un ou d’une graphiste artistique basé(e) à Paris. Son parcours professionnel a réellement débuté sur les réseaux sociaux. Suite à un succès grandissant, l’artiste a été exposer à Londres et Los Angeles. En 2016, Petites Luxures a collaboré avec la marque de lingerie André Ciccarello. Bref, une succession d’opportunités qui n’ont fait qu’accroître son succès.

Ce que je constate, c’est que l’artiste possède une communauté fidèle et importante. Il dispose d’un grand soutien et se diffuse à la vitesse de la lumière. Les formats s’adaptent et sont réalisés sur-mesure pour être principalement diffusés sur le réseau social Instagram.

Nous parlons évidemment d’une forme artistique intime, vous l’avez compris dès la première image de cet article. Le caractère érotisant des images est à la fois puissant et discret. Lorsque j’ai découvert ces travaux, j’ai immédiatement rapproché les dessins de Petites Luxures aux célèbres photographies de fleurs de Robert Mapplethorphe. Ce dernier avait cette fascinante façon de photographier des fleurs comme des sexes, dévoilant une dimension fragile, sensuelle à travers ses clichés.

Et bien ici, c’est la même chose qui se produit : Petites Luxures joue avec la suggestion de manière fine et contrôlée. Cette succession de scènes érotiques présentées lui permet de fidéliser son public, toujours plus curieux de comprendre tous « les sens » des images qu’il découvre comme s’il s’agissait d’un jeu, s’appuyant sur les petits mots délicieux que laisse l’artiste pour guider « les lecteurs » de l’œuvre. La suggestion est de plus nécessaire dans ce genre d’œuvres diffusée sur les réseaux sociaux car elle permet d’éviter la fameuse censure. L’artiste ayant déjà subi la suppression d’un de ses comptes Instagram, la prudence est donc de mise pour éviter une nouvelle accusation de diffusion de contenu inapproprié.

Face aux images, plusieurs définitions peuvent se mélanger : on peut parler de pornographie, d’érotisme ou d’intime. Mais alors quelle différence ?

L’érotisme, en réalité, traduit un objet, un élément ayant un rapport à l’amour physique, à l’acte sexuel incluant une dimension symbolique. L’intime, lui, correspond à la réalité profonde, à l’essence même d’un être. Je ne vous donne pas la définition de la pornographie. Dans nos sociétés actuelles, le domaine est bien assez présent pour que chacun de nous le comprenne seul.

Et en fouillant un peu plus les réseaux, ces dernières années, j’ai découvert que de nombreux artistes suivent cette direction et se lancent dans le partage massif d’œuvres érotiques ou intimes. Pour ne citer que de réels coups de cœur, je peux vous parler du travail de Safia Bahmed Schwartz, qui use des mêmes procédés que Petites Luxures, ou encore Regards Coupables. On trouve aussi des styles plus colorés empreints aux cartoons ou aux mangas comme Pigo Lin ou encore Parra. Bref, il y en a pour les goûts et toutes les tendances !

Beaucoup ont dénoncé les dessins et la grande diffusion des travaux de Petites Luxures, en parlant, à tort, de pornographie. Ces dessins sont en réalité érotiques, et relève bel et bien de l’intime. Que le public adolescent découvre ces derniers n’est d’ailleurs pas une mauvaise chose, l’art de l’intime fait partie de l’éducation aux images et permet de lutter contre les dictats du corps et le regard sexiste qui fixe les contraintes et le manque de liberté concernant la sexualité de tous. Au final, représenter l’intime, c’est vouloir saisir l’insaisissable.


Compte Instagram de Petites Luxures

[Article] GENTES Annie, L’intime à l’épreuve du réseau, n°152, Usages médiatiques du portrait, 2007.

[Livre électronique] BALLEYS C. & COLL S., La mise en scène de la vie privée en ligne par les adolescents, 2015.

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