Les expositions virtuelles : Une mine d’or qui s’ignore ?

Les expositions virtuelles :

Une mine d’or qui s’ignore ?

Depuis combien de temps n’avons-nous pas poser le pied dans un musée ? Une éternité, c’est bien l’impression qui m’anime ces dernières semaines. On en viendrait presque à oublier cette sensation : déambuler librement, curieusement et simplement dans une institution culturelle. Alors, nous attendons sagement de pouvoir goûter à nouveau à ces plaisirs, pendus aux lèvres de notre chère ministre de la culture, qui d’ailleurs, s’exprime bien trop peu à mon goût.

Pour patienter, on voit un nouveau phénomène se multiplier depuis Mars 2020 : les expositions en ligne. Nous pouvons visiter une exposition en cours, sans même bouger de notre canapé – une chose formidable n’est-ce pas ? Formidable oui ! d’une certaine manière je dirais. Et à mon avis, ce phénomène n’est pas prêt de disparaitre dans « le nouveau monde », celui ou la covid-19 ne sera plus qu’un douloureux souvenirs qui animeront les discussions de bars. (Laissez moi donc rêver un peu !)

Les deux premières initiatives de ce genre qui ont attisé ma curiosité en 2020 étaient l’exposition de Claudia Andujar, mise en ligne par la fondation Cartier et la création d’un jeu sur téléphone, Prisme 7, par le Centre George Pompidou. Autant vous le dire, j’étais littéralement en admiration devant la qualité graphique et agréablement surprise par le contenu pédagogique, d’une grande clarté de ces deux concepts.

Regardons ça ensemble de plus près.

Claudia Andujar : Une promenade historique

Une initiative remarquable mise en place par la fondation Cartier dès le Mars 2020. Il s’agit d’un mini site Web consacré à la rétrospective de Claudia Andujar qui aurait dû avoir lieu en présentiel. Malgré la pandémie, la fondation a pu permettre l’accès au public avec cette plateforme dédiée au travail de la photographe. Plus que cela, c’est une réelle immersion retraçant le parcours de l’artiste au sein de la tribu des Indiens Yanomami au Brésil.

L’interface est fluide et se découpe en chapitres. Le spectateur derrière sont écran est guidé, mais peut naviguer librement entre les différents documents visuels, textuels et audios. Trois axes se dessinent : le parcours en Europe de l’artiste, de 1931 à 1971, sa rencontre avec la culture Yanomami, de 1971 à 1977, et enfin ses productions militantes fin des années 1970.

Que ce soit tant sur le travail graphique que le choix scénographique en ligne, le format fonctionne. Nous ne pouvons pas déambuler dans l’espace, mais la frustration de cet empêchement n’en est pas pesante pour autant. Autre avantage essentiel, l’exposition est gratuite et la limite d’espace et de temps n’est plus un frein quant à la découverte de projets et d’artistes. Un élément qui pourraient s’avérer peut-être décisif dans la démocratisation de l’art contemporain pour les temps à venir.

Prisme 7 : Découverte sensorielle

Et cette idée, parlons en !

Le centre Pompidou n’a pas non plus manqué d’imagination. En Avril 2020, la structure annonce la sortie d’un jeu de plateforme, intitulé Prisme7. Les points positifs ? le jeu est gratuit, ludique, accessible, tout y est !

Il permet d’avoir accès aux collections du centre et s’adresse aux adolescents et adultes souhaitant découvrir le monde de l’art contemporain et moderne. Le travail graphique est clairement époustouflant, le jeu dispose même d’une bande sonore conçue pour une immersion amplifiée. Le projet est né de l’association entre Olivier Mauco de Games in Society et Abdel Bounane de Bright.

Le jeu propose la découverte de 7 univers, plus de quarante œuvres à découvrir. Le style graphique permet de mettre en évidence les recherches et l’évolution de la couleur, des formes, de la lumière et de l’émotion dans l’art. Soyons honnête, c’est surtout cette douce atmosphère poétique qui m’a largement séduite.

Des « mises en scène » qui frôlent l’échec…

Après deux innovations pareilles, dès les débuts du premier confinement de 2020, je me suis clairement emballée. Ces initiatives annonçaient des prouesses et des idées de génie de la part des structures d’art contemporain. Malheureusement, certaines initiatives ne semblent ne pas fonctionner.

Il y a quelques mois, le centre Pompidou annonce la mise en place d’une exposition virtuelle autour des travaux de Joan Miro. Et c’est évidemment avec enthousiasme et engouement que je me suis jeté sur mon ordinateur. Mauvaise surprise ! La frustration de ne pas pouvoir être sur place réapparait instantanément !

L’usage d’une technologie 3D en réalité virtuelle est remarquable, le déplacement dans l’espace est plutôt libre en soit, mais la limite des visites virtuelles se révèle. L’accès à l’exposition de cette manière est simplement frustrant. Il n’y a aucune différence entre cette visite et la recherche des œuvres de Joan Miro sur un moteur de recherche. Si ce n’est une potentielle vision du jeu scénographique.

Cet exemple est intéressant, je ne cherche pas à simplement apporter une critique négative sur ce dispositif, mais bien à soulever un point essentiel : la mise en place d’exposition d’art visuel sur le web ne demanderait-il pas une réappropriation totale de la scénographie d’une exposition ?

Un nouveau terrain de jeu scénographique ?

Pour mettre une exposition sur pieds, plusieurs étapes sont nécessaires : proposer un discours, sélectionner les artistes, les œuvres et la projection du propos dans la salle d’exposition, pour ne citer que les grandes lignes. La scénographie joue un rôle clé dans la mise en avant des œuvres mais aussi dans la démarche générale du projet : elle permet de guider le spectateur dans l’espace pour qu’il puisse y percevoir les messages diffusés.

Les medium vidéos et sonores ont fait leur entrée dans les structures depuis les années 1990 et ont apporter leur lot de changements. Aujourd’hui, le numérique à fait son nid et demande bien souvent autant de préparation qu’une exposition physique. Par contre, quand il s’agit de dématérialiser complètement une exposition, on remarque que la scénographie traditionnelle ne suffit pas. L’expression digitale s’exprime dans un tout autre langage. Les contraintes de lieux n’existent plus, mais celles liées aux outils sont bien présentent : les couleurs, l’enchainement des pages, l’esthétique et la conception d’une plateforme, le travail à fournir dans les faits est complétement différent.

J’attire votre attention sur un point : si nous prenons les quelques exemples présentés plus haut, il s’agit systématiquement d’une collaboration avec des artistes numériques ou des studios spécialisés. Ce serait donc un concept qui pousse les structures à solliciter et à nouer de nouveaux partenariats pour évoluer ! Donc, ces projets reflètent une ouverture vers d’autres disciplines permettant de renouveler et de faire avancer quelques principes du commissariat d’exposition.

Une fois les contraintes techniques dépassées, la scénographie digitale s’apparente réellement à un nouveau terrain de jeu, à la croisée du commissariat d’exposition et de la médiation.

Le mot de la fin

Le numérique a certainement de beaux jours devant lui. Et pendant cette période si particulière que nous traversons, il a donné naissance à de nouveaux concepts plutôt inédits. Je ne pense pas que ces innovations s’arrêteront dans le « monde d’après », le fameux que nous attendons toujours. Ils pourraient en revanche changer la donne de la conception des expositions artistiques en envahissant la toile. Alors ouvrons les yeux et laissons nous surprendre !

Sources et bibliographie

[Site internet] Exposition virtuelle Miro – Centre Georges Pompidou.

[Article] Prisme 7 : présentation du Centre George Pompidou.

[Site internet] Prolongement de l’exposition Claudia Andujar, La Lutte Yanomami.

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